4ème Journée scientifique de l’AFEPHAR: Télécharger les présentations sur le beurre de karité et la Politique Pharmaceutique Nationale. PDF Imprimer Envoyer
Écrit par Dr Soumaïla COUMARE   
Vendredi, 03 Juin 2016 11:31

La salle des banquets du CICB a servi de cadre, le jeudi 02 juin 2016, aux travaux de la quatrième journée de l’Association des Femmes Pharmaciens (AFEPHAR) du Mali qui s’articulaient autour de deux thèmes:

Le beurre de karité en dermopharmacie et La Politique Pharmaceutique Nationale et la réglementation à l’officine.

La cérémonie d’ouverture présidée par Dr DIALLO Déidia M. Kattra, également marraine de la journée, a enregistré la présence du Conseiller Technique chargé des affaires pharmaceutiques au Ministère de la Santé et de l’Hygiène Publique, Dr Sekou Oumar DEMBELE.

On notait également la présence des ordres, syndicats et associations de santé, du service de santé des armées ainsi que celle des maîtres de la profession pharmaceutique au Mali (Pr Mamadou KOUMARE, Pr Boubacar CISSE, Pr Gaoussou KANOUTE, Pr Drissa DIALLO, Pr Rokia SANOGO et Pr Brema Kouriba).

Les sœurs de la charité de Magnambougou, la Présidente de la Coordination des Associations et ONG Féminines (CAFO), de nombreux consœurs et confrères ainsi que des hommes de media ont également fait le déplacement. L’animation était assurée par l’Ensemble Instrumentale du Mali.

La cérémonie d’ouverture fut marquée par quatre (4) allocutions:

Dans son allocution de bienvenue, la Présidente de l’AFEPHAR, Dr DIALLO Alimatou Gueye a rappelé les activités menées par son association en 2015, notamment sa participation active à l’organisation du Forum Pharmaceutique International Bamako 2015. Elle a insisté sur le volet humanitaire et social de ces activités, avec 300 enfants pris en charge dont plus d’une vingtaine scolarisés en collaboration avec les sœurs de la charité de Magnambougou. Elle demande l’implication de l’ensemble des pharmaciens du Mali dans ce volet humanitaire et social.

Enfin, elle a expliqué le choix des 2 thèmes de la journée et justifié le choix de la marraine par le parcours de Dr DIALLO Déidia M. Kattra qui est la première femme Présidente du Conseil National de l’Ordre des Pharmaciens (CNOP) du Mali, la première Présidente de l’Inter Ordre des Pharmaciens d’Afrique (IOPA). Elle fut également Ministre du Travail, de l’Emploi et de la Formation Professionnelle a-t-elle rappelé.

Le Président du Syndicat Autonome des Pharmaciens d’Officine Privée (SYNAPPO), Dr DIA Cheick Oumar a salué la qualité de l’organisation de cette quatrième journée de l’AFEPHAR. Il a fait un rappel historique de l’évolution des différentes organisations en charge de la profession pharmaceutique aujourd’hui en Afrique : IOPA, Inter Syndicale des Pharmaciens d’Afrique (ISPHARMA), Association Africaine des Centrales d’Achat de Médicaments Essentiels (ACAME) et l’association des Direction du Médicaments et de la Pharmacie (DPM). Dr DIA dira que le SYNAPPO est entièrement disposé à travailler en synergie avec l’AFEPHAR.

Le Président de l’ordre des pharmaciens du Mali, Dr Abdou DOUMBIA a d’abord souligné la pertinence des thèmes choisis. Il invite les autorités à une application rigoureuse de la Politique Pharmaceutique Nationale tout en assurant que le CNOP Mali mettra tout en œuvre pour une application intégrale des recommandations de la journée. Il a, par la suite, regretté l’ampleur prise par la vente de faux médicaments dans notre pays, malgré la tenue du forum pharmaceutique en juin 2015. Ce crime contre les peuples est entrain de reculer dans les autres pays de la sous-région grâce aux efforts conjugués de l’ensemble des acteurs chargés de le combattre, alors qu’aucune action n’est menée dans le notre pour protéger nos populations. En terminant, il a remercié chaleureusement le bureau de l’AFEPHAR pour sa participation active à la vie de la profession pharmaceutique dans notre pays.

Dans son allocution d’ouverture, DIALLO Déidia M. Kattra a exprimé le grand honneur et le plaisir pour elle de parrainer la 4ème édition de la journée scientifique de l’AFEPHAR.  Cette journée se tient dans un contexte socio politique difficile, marquée par la recherche de voies et  moyens pour la mise en œuvre de l’Accord de Paix et de Réconciliation issu du processus d’Alger. Parallèlement à la crise sécuritaire du Nord notre pays a été fortement éprouvé par la maladie à virus Ebola a-t-elle rappelé.

Au cours de ces différentes crises, les pharmaciens maliens et particulièrement les femmes qui représentent 30% de la démographie pharmaceutique ont su tenir leur place et ont été à hauteur de mission. Elle leur  remercie  pour leur vision, leur dynamisme leur sens du partage, et surtout leur instinct de bonne maman envers une frange de la population nécessiteuse. Tout ceci est le résultat d'un leadership qu’elles ont su développer.

Revenant sur l’importance des deux thèmes choisis, elle a, par la même occasion, invité les participants à prêter une oreille attentive aux travaux, avant de déclarer ouverte la 4ème journée scientifique de l’AFEPHAR.

Les conférences débats étaient présidées par le Pr Boubacar CISSE assisté de Dr Mariétou DIARRA et de Dr Sekou TRAORE, comme rapporteurs.

Thème 1 : Le beurre de karité en dermopharmacie, par Pr Rokia SANOGO.

Cette présentation a porté sur une introduction; les utilisations traditionnelles et industrielles du beurre de karité; les caractéristiques, la composition chimique et les propriétés du beurre de karité; les utilisations en dermopharmacie et cosmétique; les conclusions et perspectives.

En complément de cette présentation le Pr Mamadou KOUMARE, le doyens d’âge des pharmaciens du Mali et père académique de la pharmacognosie au Mali, a fait l’historique des premiers travaux menés sur le beurre de karité dans notre pays.

Le Pr Boubacar CISSE a également précisé qu’un groupe d’expert travaille actuellement sur l’élaboration des normes afin de permettre l’exportation du beurre de karité. Il s’agit des normes pour les microorganismes, les contaminants, les hydrocarbures benzéniques, les résidus de pesticides etc.

A ce niveau, la Présidente de la CAFO a lancé un cri de cœur pour qu’un holà soit mis à l’accaparement des terres qui menace sérieusement l’existence même du karité, dans notre pays.

Thème 2: Politique Pharmaceutique Nationale et règlementation à l’officine, par Dr Fanta SANGHO.

Il a porté sur: la présentation de la DPM ; la Politique Pharmaceutique Nationale ; la classification des médicaments ; les stupéfiants et psychotropes et leur classification OMS ; les règles de prescription et les documents de la PPN et les conclusions.

Les débats ont enregistré beaucoup de contributions mais surtout des interrogations qui ont porté sur : (i) le pouvoir hydratant et l’hyperpigmentation et les allergies lors de l’utilisation du beurre de karité ; (ii) les vertus et les effets indésirables du beurre de karité ; (iii) l’implication des dermatologues dans les recherches sur le beurre de karité; (iv) l’absence de preuves de concept et de critères de qualité du beurre de karité ; (v) l’odeur du beurre de karité ainsi que la problématique de sa production pour une exploitation industrielle ainsi que les possibilités de cultiver le karité pour sortir de la cueillette;  (vi) le chauffage et l’ajout de citron dénature t-il le beurre de karité ? Ainsi que son apport à la santé après cuisson; (vii) les utilisations alimentaires du beurre de karité;

(viii) l’absence d’inspection de l’ordonnancier et du registre de stupéfiant à l’officine ; (ix) l’acquisition des réactifs par appel d’offre; (x) la disponibilité des stupéfiants uniquement dans le secteur public; (xi) la position des dépôts privés sur le schéma directeur d’approvisionnement en ME ; (xii) la place de l’industrialisation dans la PPN ; (xii) les autorisations d’importations accordées aux ONG ; (xiv) le concept de l’interne dans la prescription au Mali ; (xv) l’enregistrement anarchique (sans quota ?) de plusieurs médicaments avec le même principe actif ; (xvi) la formation des pharmaciens dans des écoles privées de santé ; (xvii) le respect de la prescription par niveau ; (xviii) le contrôle de qualité après l’AMM et la situation des médicaments dont l’AMM a périmé ; (xix) la disponibilité des documents de la PPN; (xx) quelle évaluation faire de l’initiative de Bamako ? (xxi) L’existence et la fonctionnalité de la commission de lutte contre la vente illicite et les faux médicaments et du comité de pharmacovigilance au Mali.

En guise de réponses, Pr Rokia SANOGO expliqua qu’il faut faire des formulations galéniques pour renforcer les propriétés et améliorer les vertus du beurre de karité comme l’hydratation. Dans la composition du beurre de karité il n’y a pas de constituant reconnu comme qui augmenterait la production de la mélanine mais, il contient des éléments non encore caractérisés. Pour minimiser l’odeur du beurre de karité il faut abandonner la méthode traditionnelle de fumage et opter pour les techniques d’extraction améliorées cependant, elle précise que le beurre de karité avec odeur est aussi demandé. En chauffant le beurre de karité et en ajoutant du citron, on enlève l’odeur mais on ne détruit pas la nature du beurre de karité.

Pr SANOGO précisera également que des études sont menées au niveau de l’Institut d’Economie Rurale (IER) sur la culture de la plante et le pouvoir germinatif des graines à travers des projets spécifiques dans le but de rendre possible la production du beurre de karité en quantité industrielle. Elle n’a pas traité les aspects alimentaires uniquement parce qu’ils ne relèvent pas du thème choisi sinon, elle apprécie particulièrement le beurre de karité en gastronomie, particulièrement dans les plats traditionnels de San.

Elle a rappelé les initiatives du musée Muso kunda de l’ex-première dame Adam Bah KONARE en collaboration avec notre maître Feu le Pr Arouna KEÏTA, qui s’est beaucoup investi dans la recherche sur le beurre de karité. Elle plaide pour une capitalisation des acquis, une définition des normes pour que ce patrimoine, que constitue le beurre de karité, soit valorisé. Pour y parvenir elle entend mutualiser ses efforts avec l’AFEPHAR et les autres intervenants dans la chaine de valeurs.

Le Pr Boubacar CISSE ajouta que les résidus de pesticides peuvent être à l’origine des allergies constatées lors de l’utilisation du beurre de karité.

La contribution du Pr G. KANOUTE a porté sur l’Initiative de Bamako. Dans les années 80 la pénurie de médicament était telle, que l’accès au médicament posait un problème d’envergure mondiale. La décision a donc été prise à Bamako d’aller vers une politique de médicament en Dénomination Commune Internationale (DCI). Ce qui a d’ailleurs nécessité pour les pays comme le notre de se doter d’un Laboratoire National de la Santé et, plus tard  avec la dévaluation de créer une DPM.

Cependant il reconnait que l’initiative a quelque peu dévié de sa vocation première.

Alors, le Pr CISSE passa la parole à Dr SANGHO Fanta avec comme directive de répondre uniquement aux questions qui relèvent du domaine de compétence de la DPM. Dr SANGHO trouve que le premier travail de réglementation doit se faire d’abord au niveau du professionnel et au niveau de l’ordre. Elle expliquera qu’il n’y a pas d’AMM pour les réactifs présentement mais ils sont soumis à un contrôle à l’importation. Le circuit d’approvisionnement en stupéfiant est très compliqué et assez contraignant avec des possibilités de sanction pour tout le pays en cas de faute, ce qui justifie la disponibilité de ce médicament uniquement dans le secteur public contrairement aux psychotropes. Elle dira également que l’industrialisation est une préoccupation majeure de la PPN mais, les coûts de productions ont toujours fait que les initiatives à l’échelle nationale ou même sous régionale ont du plomb dans les ailes. En ce qui concerne les contrats avec les ONG, la DPM contrôle les zones d’intervention et la répartition des stocks, mais elle ne participe pas aux négociations avant la signature. La liste des ME par niveau est révisée périodiquement, une révision est même en cours seulement, ce n’est pas à la DPM de faire respecter cette liste. La commission de lutte contre la vente illicite des médicaments et la contrefaçon existe bien, mais avec des moyens insuffisants. C’est à cause de ces mêmes difficultés de financement et de mobilisation des ressources au niveau de la DFM que la DPM se bat aujourd’hui pour devenir une agence.

Dr SANGHO a en outre expliqué qu’il existe des critères pour l’enregistrement des médicaments et que lorsque l’AMM périme la DPM avertit le labo concerné mais, il y a un manque de moyen pour le suivi après l’enregistrement car, aujourd’hui, tous les frais d’enregistrement vont au Trésor Public. Elle dira également que le comité de pharmacovigilance fonctionne et le secrétariat est assuré par la DPM seulement, le professionnel de santé malien a du mal faire remonter l’information (notifications). Les documents de PPN sont en cours de révision présentement et le stock des anciennes versions est très limité.

Le Pr Bourema KOURIBA fit une contribution sur le concept de l’interne au Mali. Il expliqua qu’une loi instaure le statut de l’interne sur une période de 3 à 5 ans rémunérée et, il n’y a eu que deux promotions formées dans le cadre de cette loi. Les étudiants en fin de cycle sont plutôt des faisant fonction d’interne, a-t-il précisé.

Sur invitation du Pr Rokia SANOGO, Dr SANGHO informa que la DPM a été lauréate, en avril dernier, d’un prix décerné par les entreprises du médicament.

En résumé de cette journée, Pr Boubacar CISSE retient que la présentation de Pr Rokia montre que le beurre de karité mérite d’être valorisé et souligne également la nécessité aujourd’hui d’élaborer des normes. Quant à la présentation de Dr SANGHO, elle montre que la nouvelle PPN adoptée en 1999 ambitionne de garantir un accès équitable aux ME de qualité et de promouvoir leur utilisation rationnelle mais, des goulots d’étranglement existent pour la mise en œuvre de cette politique. Elle a fait ressortir aussi la nécessité de collaboration entre la DPM et l’Inspection de la Santé pour faire respecter la réglementation à l’officine.

Sur ce, le Pr CISSE a estimé que les objectifs de la journée sont atteints.

La journée prit donc fin sur les mots de remerciement du nouveau Directeur Sanofi Mali, M. Amadou CISSE, et l’appel de la Présidente de l’AFEPHAR pour les dons de lait, suivis de la pause dejeuner.

Vivement la 5ème édition.

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Le beurre de karité en dermopharmacie;

La Politique Pharmaceutique Nationale et la réglementation à l'officine.