Interview du doyen des pharmaciens du Mali: La création de la section pharmacie au Mali, la place des incantations en médecine traditionnelle africaine, Falley KOUMARE etc.

Après un premier article consacré au Pr Mamadou KOUMARE, dans la rubrique portrait de pharmacien en mars dernier, nous avons rencontré à nouveau le doyen d’âge des pharmaciens du Mali dans le cadre d’une interview qu’il a bien voulu nous accorder.

L’interview s’est déroulée au siège de la...

Société Malienne de Phytothérapie (SMP) dont il est le Président en exercice depuis 1998. C’est avec beaucoup d’humilité que nous avons été reçus par le professeur, dans une atmosphère cordiale emprunte d’un profond respect pour la profession pharmaceutique. Enfin,  Il faut préciser qu’il nous a déjà autorisés à lui tutoyer.

Le site web CNOP Mali: Bonjour Pr et merci de nous recevoir.

Pr KOUMARE M.: Bonjour, c’est un plaisir pour moi d’échanger avec l’administration du site web du Conseil National de l'Ordre des Pharmaciens du Mali.

Le site web CNOP Mali: Nous savons que tu es un père de l’enseignement de la pharmacie au Mali. A ce titre, peux-tu nous parler de la création de la section pharmacie dans notre pays ?

Pr KOUMARE M.: C’est en 1973 que j’ai été contacté par le Ministre de l’éducation de l’époque. Ce dernier était préoccupé par l’orientation de près de 200 bacheliers. Il voulait connaître la possibilité éventuelle de création d’une section pharmacie.

Contrairement aux collègues que j’avais contactés, j’ai répondu à la demande en soumettant les conditions de viabilité de cette section au démarrage et celles de son évolution.

En proposant une dizaine de bacheliers pour le début, certains collègues pensaient que j’offensais le Gouvernement; mais pour moi, c’était pour prouver que nous pharmaciens, étions capables de proposer des solutions et que la décision revenait au gouvernement.

A la grande surprise de certains, la première promotion avait un effectif de douze bacheliers.

Le site web CNOP Mali : Quel regard jettes-tu sur le  Chemin parcouru par la profession quarante-trois (43) ans après?

Pr KOUMARE M.: La profession a beaucoup progressé sur le plan technique; malheureusement ce progrès n’a pas été suffisamment accompagné par l’éthique, la déontologie et le professionnalisme.

Le site web CNOP Mali : Quels sont, à ton avis, les défis qui se posent à la profession aujourd’hui? Et quelles sont les perspectives qui s’offrent à nous?

Pr KOUMARE M.: Les défis de la profession sont toujours de mêmes natures que celles que j’avais évoquées en 2005 lors de ma conférence sur le thème ‘’La pharmacie au Mali: historique et perspectives à l’horizon 2015’’.

Quand aux perspectives, j’ai beaucoup d’inquiétudes; car on est dans le gouffre au bord duquel on était il y a une dizaine d’années. La stratégie n’est plus d’éviter de tomber dans le gouffre; mais comment s’en sortir.

Je pense néanmoins, qu’avec les mêmes armes de solidarité, de rigueur, de professionnalisme, de respect de l’éthique et de la déontologie, nous pourrons sortir du gouffre et redorer notre blason ; sans quoi nous y resterons.

Le site web CNOP Mali : Lors de la prestation du serment de Galien, le pharmacien jure d’honorer ceux qui l’ont instruit dans les préceptes de son art et de leur témoigner sa reconnaissance en restant fidèle à leur enseignement. Te sens-tu honoré par tes anciens élèves?

Pr KOUMARE M.: Certains de mes anciens élèves m’ont bien fait honneur; et je suis très fier de leur parcours. Je préfère oublier ceux qui ont dévié. J’espère que  l’exemple des premiers cités fera tâche d’huile et masquera les mauvaises actions des seconds. 

Le site web CNOP Mali : En parcourant vos livres ainsi que ceux de notre grand-père Falley KOUMARE, on se rend compte que les incantations occupent une place importante en médecine. Quel est le rôle des incantations en médecine traditionnelle africaine?

Pr KOUMARE M.: Les incantations, qu’elles soient audibles ou pas, sont des paroles. Elles peuvent être accompagnées ou non de gestes. Comme toute parole, les incantations (le verbe) sont aussi des flux d’ondes; d’ où la force du verbe.

Il faut pour toute incantation, une certaine dose de confiance et de concentration afin de créer des flux internes et/ou externes de plusieurs natures (sécrétions endogènes, ondes électromagnétiques…) chez un être vivant ou entre des êtres vivants. Les modifications créées par ces flux peuvent se traduire par exemple par la disparition ou l’apparition de la douleur au même titre que l’effet de l’hypnose qui était aussi un phénomène non accepté; mais aujourd’hui utilisé en anesthésiologie et même en thérapeutique dans les hôpitaux des pays développés.

Le refus d’un constat parce qu’il n’est pas à l’époque explicable scientifiquement, n’est pas une ‘’attitude scientifique’’. La science est évolutive; vérité d’aujourd’hui….,  …..Erreur  de demain.

Le site web CNOP Mali: Nous constatons que tu es très attaché à ton père Falley KOUMARE. Qui était-il?

Pr KOUMARE M.: Falley (Aliou, son prénom) Koumaré était un vétérinaire; diplômé de l’école vétérinaire de l’AOF. Avec le titre de vétérinaire auxiliaire ou vétérinaire africain, il a effectué une courte carrière dans l’administration publique. Il intégra ensuite l’Office du Niger (O.N.) en 1932. La retraite arrivée, il quittera cette institution après une trentaine d’années de service consacrées à la recherche thérapeutique des zoonoses des régions administratives actuelles 2 à 5 (de Koulikoro à Tombouctou). Pensant qu’il pouvait encore servir son pays, il signa un contrat avec la Mairie de Ségou. C’est ainsi qu’il travaillera comme vétérinaire municipal de cette localité.

En sa qualité de Directeur du laboratoire de l’Office du Niger à Ségou, il a eu à publier certains résultats de recherche dont :

- ‘’De l’utilisation du vaccin virus pestique caprin et des résultats obtenus dans les vaccinations effectuées sur le cheptel de l’Office du Niger pendant les années 1947-1948’’ dans la Revue d’élevage et de médecine vétérinaire des pays tropicaux’’. Tome III (nouvelle série) N°1 Janvier-Mars 1949) ;

- d’autres sur ‘’un essai de traitement chimiothérapique de la péripneumonie bovine’’ et ‘’la trypanosomiase bovine à Baguineda’’ dans le Bulletin de l’élevage du Mali.

C’est dire que j’ai suivi tout naturellement ses traces du fait de me trouver souvent à ses côtés dans le laboratoire de l’Office du Niger où j’ai contribué (tourner une manivelle pour faire le vide sous une cloche de verre) à la préparation du ‘’vaccin de chevreau’’. Il en était du reste très heureux au point qu’il a impliqué toute la famille dans la cueillette et l’envoi du guier (plante médicinale objet de ma thèse) à Toulouse (France) pendant mes quatre années de recherche sur cette plante.

Le site web CNOP Mali: Merci Professeur pour cette contribution de taille et pour l’accueil chaleureux que tu nous as réservé.

Pr KOUMARE M.: Merci pareillement, vous serez toujours les bienvenus ici à la SMP et, aussi à la maison.