Traitement traditionnel de l’urticaire. PDF Imprimer Envoyer
Écrit par Pr Mamadou KOUMARE   
Jeudi, 18 Juillet 2019 18:22

En langue bambara (en bamanankan) l’urticaire est appelée ‘’kalia bonbon’’. Cette dénomination fait allusion à l’apparition de l’éruption cutanée par à-coups des papules ou des plaques de boursouflures de la peau (‘’fari birinti’’ en bamanankan) de différentes dimensions et qui démangent à des degrés variables...

Le diagnostic des tradithérapeutes est essentiellement clinique en regardant le ‘’birinti da’’ (littéralement ‘’la porte du fari birinti’’). Rares sont ceux qui font cependant une distinction entre une urticaire aiguë et une urticaire chronique ; à plus forte raison une aiguë allergique et une aiguë non allergique; au point que la prise en charge et le traitement sont tombés dans le domaine de l’automédication. Ils consistent à poudrer les parties atteintes avec les cendres de bois ou les lotionner avec une solution obtenue à partir de ces mêmes cendres de bois.

L’analyse de cette situation amène à se poser les questions suivantes :

- Pourquoi des cendres de bois ?

- Pourquoi une thérapeutique topique ?

La raison de l’utilisation des cendres de bois provient de l’étude de la composition des cendres de bois qui a révélée la présence d’un mélange de sels alcalins ; principalement de potassium (surtout du carbonate di-potassique) et de sodium que les femmes utilisent pour obtenir par lixiviation (opération qui consiste à faire passer lentement le solvant eau à travers une couche de cendres de bois pour obtenir les constituants solubles ; ce qu’elles appellent ‘’sɛgɛ ji’’ donnant par évaporation une substance dénommée ‘’sɛgɛ kata’’ utilisée dans certaines préparations culinaires comme le ‘’to’’) et évaporation de la solution, un produit solide improprement appelé ‘’potasse’’. C’est donc l’action antiprurigineuse du carbonate di-potassique (carbonate de potassium officinal ou sous-carbonate de potassium) qui est le fondement de cette thérapeutique traditionnelle. Certains auteurs ont préconisé à cet effet, l’utilisation d’une solution à 10% de carbonate de potassium officinal (M Loeper et J Lesure ; ‘’Formulaire pratique de thérapeutique et de pharmacologie’’ 39ème édition Doin 1973).

Quant au pourquoi de la voie topique, elle est justifiée par le fait que la démangeaison est une sensation subjective dont la composante sensorielle débute dans la peau (richement innervée et constituant la frontière extrême du système nerveux ; dotée en outre de nombreuses cellules du système immunitaire) et se termine sous l’influence de médiateurs divers, par une réaction motrice sous forme d’un désir de se gratter la peau ; d’où un aller-retour au même endroit. Selon P. L. Bigliardi (Rev. Méd. Suisse 2006, volume 2, 31231), il y aurait deux types de fibres nerveuses de l’épiderme ; l’un évoquant le sentiment de douleur, débuterait dans la couche profonde de l’épiderme, et l’autre, le sentiment de démangeaison, commencerait dans la couche superficielle de la peau. Le fait de se gratter abîme la peau et déclenche une réaction inflammatoire (douleur, tuméfaction, chaleur) qu’exacerbe la démangeaison. Ainsi, le lieu de l’application du produit se trouve être le lieu de manifestation des différents symptômes que le tradithérapeute cherche à faire disparaître.

De tout ce qui précède, si l’on sait que le traitement du prurit (démangeaison) est surtout symptomatique, on peut dire que le traitement traditionnel préconisé est donc bien justifié. Cependant, comme je l’ai souligné à plusieurs occasions, toute thérapeutique a ses règles ; aussi bien sur le plan de l’observance médicale en général, qu’en particulier sur celui de la posologie. Dans le cas présent, si pour une prise en charge rapide je soutiens le poudrage léger en automédication, je déconseille fortement au contraire, l’usage de la solution des cendres de bois sans une connaissance préalable de sa concentration et secondairement de sa composition; car celle-ci est variable et ne peut être comparée à celle d’un produit officinal bien caractérisé.

Cependant, concernant le conseil à donner en officine, en tenant compte actuellement de certaines expériences, la solution de 1 à 2,5% de la cendre de bois de chez nous, peut être utilisée en fonction de l’intensité des démangeaisons et de l’étendue constatée de la zone atteinte.

 

Prof Mamadou Koumaré

Expert national Pharmacologue-Toxicologue

Président de la Société Malienne de Phytothérapie